La culture web du trash: un marécage nauséabond

La culture web du trash: un marécage nauséabond

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De plus en plus on observe l’émergence de pratiques fallacieuses sur le net. Pour amener du trafic, booster le nombre de partages ou simplement décupler sa notoriété, bon nombre d’internautes n’hésitent plus à s’adonner à des exercices de critiques ouvertes en balançant des noms banckables.

Pourquoi les gens sont-ils friands de ces étalages publics ? Les flagellations écrites sont-elles moins choquantes que certaines campagnes marketing ?  Pourquoi a-ton envie que le bad guy sorte vainqueur dans les films ? Qui sont les blousons noirs de la toile ?

Je tiens à préciser que cet article témoigne d’un avis personnel et qu’il n’est en aucun cas omniscient.

 

Du scandale pour palier à l’infobésité

Le web est une foule compacte qui évolue au sein d’une même enveloppe virtuelle. Même si certains éléments semblent vouloir se détacher, ils finissent toujours par rejoindre les rangs, qu’ils le veulent ou non. Dans ce contexte, la plupart des papiers exemplaires ou juste bon à jeter à la poubelle sont modelés sous le prisme des attentes des internautes. Parler d’un sujet actuel, tendance ou innovant semble déjà une bonne voie pour s’extirper de la sonorité régulière du métronome de la toile.

Mais ce que préfèrent par-dessus tout les explorateurs du virtuel, ce sont les clashs, les critiques ouvertes et les prises de position sans compromis. On a longtemps associé le web 2.0 au monde des bisounours, car le « biberonnage » au respect et la gentillesse à la guimauve que certains percevaient,  éclaboussaient leur visage d’une hypocrisie écœurante. Pourtant il vaut mieux évoluer dans une ambiance d’encouragements, de clins d’œil et de félicitations que de conflits et d’insultes sans raisons apparentes non ?

Soyons clair, pour interpeller en 2011 il faut choquer, et pour choquer il faut prendre position clairement et élaguer les langues de bois. Que ce soit par l’intermédiaire d’une campagne pub gore (ex video prévention routière), d’un billet bien acide et salé ou d’un mail privé qui déballe au grand jour des infos et des noms reconnus, la mèche ne tarde pas à faire…Boom !!

Une ambivalence intrigante

Les campagnes chocs à la télévision ne bouleversent presque plus personne quand des pratiques usuelles du web provoquent une levée de boucliers. Qu’on se le dise, nos petits poils de bras ne s’hérissent plus pour les mêmes raisons. Dans une dynamique d’individualisme ambiant (qui s’immiscent en parallèle d’une volonté de web collaboratif), chacun est tourné vers ce qui le gène directement. Ohh, un autre DM auto, QUELLE HONTE !! Ahh… la famine en Ethiopie, je zappe !

Je ne dis pas que les gens sont insensibles ou dépourvu de morale, j’expose simplement le fait que les médias traditionnels ont pu nous désintéresser des vrais drames qui se trament autour de nous. Cette réalité que même un 6ème perçoit met en lumière un phénomène immuable qui veut accentuer notre attention vers des pratiques qui se veulent consternantes…en apparence. Ces légers désagréments sont donc associés à des gènes impardonnables pour certains, comme si nous nous satisfaisions d’une recherche perpétuelle de l’odeur de sang qui s’avère pourtant être inodore.

Au-delà de ce constat basique, on note que certaines campagnes web forcent le trait du trash, du violent ou du sexe sans pour autant faire froncer les sourcils (on peut citer les campagnes diesel ou orangina). C’est normal, ce sont des codes dans lesquels nous avons baigné depuis notre tendre enfance. Mais quand une enseigne ose utiliser un sujet taboo ou glissant (dernier exemple en date avec ERAM) pour réaliser une campagne, gare aux retours de flammes. C’est donc ce décalage entre violence implicite et indignation explicite qui signe une prédisposition à être choqué pour des choses qui ne le méritent pas, ou à s’amuser du trash. N’est-ce pas finalement ça la vraie hypocrisie du web ?

Les campagnes web ont donc du souci à se faire, car même sans notoriété, tout le monde les attend au tournant pour s’outrer, avoir son quota de « scandale ».  Face à la dictature ambiante du buzz, peu importe les moyens, il faut faire parler de soi. C’est une des raisons qui peut expliquer cette culture ambiante qui peut nous transmettre l’illusion (effet placebo) d’un besoin de dépendance envers le trash (magasin people, reality shows, trash talking…)

Nous pouvons donc penser que nous sommes conditionnés par l’essaim d’abeilles virtuel à s’indigner pour des choses futiles, et à le faire savoir car le déballage public nous divertit.

Une valorisation du bad-boy

Les gens aiment voir les coulisses des représentations. La pièce qui se joue sur le web est bien rodée, et les principaux acteurs sont des rocs, que dis-je des rocs, ce sont des péninsules (hum pardon rechute…). Voir la faiblesse de personnalités réputées, une tâche sur leur beau costume de scène peut séduire car cela amuse et sort du commun. Pourquoi pensez-vous que l’on fait toujours des compilations de bêtisiers, de chutes, de lapsus ?

À l’heure où je m’exprime, s’investir dans un rapport conflictuel en critiquant ouvertement semble être un parti plutôt gagnant. Même si des irréductibles gaulois ne digèrent toujours pas cette démarche, la majorité se passent le mot en s’exclamant « Dis donc tu n’as pas vu que ce X a balancé sur X » ?

Les gens sont fatigués d’être de bons samaritains car en regardant par la fenêtre, ils se disent que la gentillesse ne paye pas toujours et que les perfides et les vénaux semblent toujours résider au sommet de la chaine alimentaire. Pourtant il existe moutle contre-exemples de gens qui parviennent à se frayer un chemin  vers le succès en utilisant principalement l’huile de coude. Mais rien à faire, le fantasme du bad-boy persiste, s’engager dans un discours borderline donne l’impression courageuse de frôler avec le bon sen moral, de prendre des risques et surtout de piétiner ces fuc*ing bisounours.

Il existe donc une fascination pour ceux qui osent dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Ces « porte-paroles » autoproclamés peuvent ainsi représenter des symboles et faire écho à un désir ardant de rébellion. Une identification fédératrice qui peut amener sous les feux de la rampe des inconnus, parfois avides de lumière.

Qui sont ces mauvais garçons ?

On peut croire que vider ses poubelles sur la voir public peut être banckable car tout le monde nous regarde. Mais il ne faut pas oublier que chaque acte est hypothétiquement sous-tendu par une motivation. Vider son sac pour protester contre une démarche précise est un acte réfléchi, le faire pour profiter du regard des autres est simplement un comportement instinctif, archaïque.

Finalement en y pensant, les grands méchants loups du web ressemblent plus à des Danny Zuko (Travolta dans « Gease ») qu’à des prédateurs aux dents aiguisées. Même s’ils disposent des bons outils (popularité, coiffure impeccable et grosse cylindré), ils ne disposent pas toujours du discours pour argumenter leurs dires. C’est pour cela que cette démarche amène à la notion de « marécage ». Les gens peuvent s’enfoncer et s’enliser eux-mêmes dans leurs propos vaseux. Plus ils essayent de se débattre et plus vite ils s’embourbent pour se trouver pris au piège.

Attirer l’attention n’est donc pas la chose la plus difficile. L’exercice périlleux est bel et bien de faire passer un message ; le souci est que beaucoup de blousons noirs n’ont pas pensé à cela en amont. Et faire du trash pour faire du trash, c’est comme tout, on s’en lasse très vite !

Petits, on nous a rabâché qu’il faut être bon et aider son prochain pour gravir les échelons ; adultes, on se rend compte qu’il faut bousculer son prochain pour être le premier de la file. Mais dans cette histoire, les plus « couillus » ne sont pas toujours ceux qui seront les héros. Bien souvent leur succès est à durée limitée, et sans idées ils peuvent vite retomber dans l’anonymat pour se rendre compte qu’ils sont dénués de talents.

On peut par exemple citer le phénomène du « trash-talking » qui commence à prendre de l’ampleur sur des supports comme Youtube. Je prendrai simplement comme exemple un Youtuber connu sous le pseudonyme Cortex qui se fait un nom en « clashant » sans motifs la plupart des youtubers francophones à succès. Un vrai pétard relié…à du vent !

Conclusion

Nous en sommes arrivés à un cul de sac où il faut oser pour s’imposer. Malheureusement comme le dis l’adage, la fin justifie souvent les moyens. Entre boire et conduire il faut choisir, mais Sam n’a pas voulu être raisonnable cette fois et il veut se lâcher, ne pas rentrer dans le moule. C’est dans ce contexte que la plupart des internautes aspirent à se divertir par le trash. Même s’ils ne sont pas les instigateurs de ce moment de coup de gueule, cela leur donne l’illusion d’une bouffée d’oxygène dans un web qui semble vouloir à tout prix se conformer.

J’ai conscience que le scandale répond à un fantasme de braver les interdits, de taper du poing, mais il ne constitue pas à mon goût un axe de développement enrichissant. Il faut bien différencier le contenu viral doté d’un message et le buzz trash qui se légitime en lui-même.

Il existe au jour d’aujourd’hui une croyance occidentale tenace nous faisant croire que nous sommes à un croisement des mentalités. Ce qui est fâcheux c’est que certains souhaitent nous faire croire que les panneaux de signalisation indiquent la nécessité de prendre le chemin du scoop facile, avec pour seul but de donner l’illusion d’être consterné. Finalement si le mot trash vient de la traduction de «poubelle », c’est que les ordures n’ont pas vocation à rester sur la voie publique. En ce sens, la toile ne doit pas tendre à devenir une décharge à ciel ouvert

Que pensez-vous de tout cela ?

Sources images :

http://storage.vitasmid.com/graphics/msie-trash-sign-1920×1200.jpg
http://www.zimage.biz/photo.php?id=43639
http://ihaveapc.com/wp-content/uploads/2011/04/Dexter-Wallpaper-007.jpg
http://www.sigelis.com/images/zoom/livre-audio-vercingetorix.jpg

http://annesaneries.files.wordpress.com/2011/09/danny-zuko.jpg

A propos de l'auteur

Ronan Boussicaud

Ronan Boussicaud  (18 articles)

Community manager / webmarketeur au sein de l'agence Useweb, je développe des analyses mêlant web 2.0 et psychologie sur mon blog « La Psyché du Web social » et participe à des ouvrages numériques collaboratifs. Je rédige aussi des articles sur des sites spécialisés (comme My Community Manager Webmarketing&Com) et anime régulièrement des conférences autour du community management et des médias sociaux. En octobre 2012, j'ai publié un ouvrage co-écrit intitulé "Tout savoir sur... La marque face aux bad buzz : anticiper et gérer les crises sur les médias sociaux" aux éditions Kawa. Grand curieux et cinéphile dans l'âme, le web social me colle à la peau. Passionné par le web communautaire mais aussi par toutes les formes de communication humaines, je crois profondément au relationnel et à l'échange. Alors, pourquoi ne pas vous joindre à nous ?

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