Une nouvelle arme découverte en Syrie : les médias sociaux

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La guerre civile syrienne débuté en 2011 a fait à l’heure actuelle plus de 136 000 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Bien entendu, les médias sociaux ont un impact à relativiser dans ce conflit. Seulement 15% des Syriens sont connectés à Internet et beaucoup d’entre eux n’ont jamais vu un ordinateur de leur vie. Néanmoins, ce conflit civil est aussi une cyber-guerre que je vais tenter d’illustrer dans cet article.

 

La guerre syrienne : une guerre des “tuyaux”

Des télécommunications contrôlées par le régime…

L’une des particularités de la guerre syrienne c’est l’importance prise par la maitrise des télécoms. Aujourd’hui, c’est le gouvernement de Bachar el-Assad qui contrôle totalement l’internet syrien en s’appuyant notamment sur des experts en télécommunication russes ou chinois. La Chine et  la Russie n’hésitent pas à mettre ces experts à disposition de Damas car la Syrie est aussi pour eux un laboratoire de  ce que peut-être une « guerre technologique ».

Cette maitrise  totale de l’internet national permet non seulement au régime de contrôler ce qui se dit sur le web syrien, d’identifier facilement les internautes mais aussi tout simplement de couper la quasi totalité des télécommunications lorsqu’il le souhaite.

… et contournées par les rebelles

Rebelle syrien

Les rebelles utilisent notamment des téléphones satellitaires pour communiquer

Cette main mise sur “les tuyaux” n’empêche pas les rebelles syriens d’utiliser les moyens de télécommunication modernes pour échanger entre eux et avec l’extérieur. Seulement, ces derniers ne peuvent pas utiliser l’internet syrien pour des raisons de sécurité évidentes. Ainsi, les rebelles passent systématiquement par des appareils satellitaires (téléphones et modems) afin de garantir l’anonymat de leurs échanges. Ces télécommunications satellitaires sont vitales. Elles leur permettent non seulement de se coordonner sur le terrain mais aussi de communiquer à l’extérieur et notamment sur les médias sociaux.

Même si des pays comme les États-Unis ou la France fournissent des kits de communication à la rébellion syrienne (caméras, ordinateurs, modems…), ils n’en restent pas moins que l’utilisation des ces appareils satellitaires ont des défauts qui gênent les rebelles. Tout d’abord, ils coutent chers, très chers. Le prix d’un modem satellite est environ 3000 € et une minute de communication via ces appareils peut coûter plus de 15€.  Les rebelles consacrent donc beaucoup de temps pour réunir ces fonds.
De plus, l’utilisation de ces outils requièrent d’avoir des medias centers qui sont souvent de simples maisons retapées à partir desquelles les rebelles établissent les connexions satellitaires et traitent les images filmées pendant la journées. Cruciaux, ces medias centers sont cependant des cibles privilégiées par les troupes de Bachar el-Assad.

 

L’utilisation des réseaux sociaux par les rebelles syriens

La guerre de l’attention se joue sur Youtube

Guerre Syrie Youtube

La vidéo est un pilier majeur de cette digitale war

 “J’ai toujours un pistolet sur moi pour ma défense personnelle et une petite caméra […] Notre révolution se fait par les caméras […] Je veux montrer au monde les difficultés de l’armée syrienne libre sur le front et les souffrances du peuple syrien. […]Cette citation d’un rebelle syrien provenant de ce documentaire démontre l’importance prise par la vidéo et notamment par Youtube dans ce conflit.

A ce titre, les vidéos postées sur Youtube après l’attaque chimique du 21 aout dernier dans les banlieues est de Damas, sont un exemple remarquable. Des militants syriens ont à l’aide de simples caméras postés des vidéos qui ont été vues dans le monde entier et qui ont permis aux États-Unis ainsi qu’à d’autres puissances occidentales d’avoir la certitude que des armes chimiques ont bien été utilisées en Syrie. Si ces vidéos ont été diffusées si rapidement c’est notamment grâce à la présence d’activistes en dehors du pays. Des équipes sur le terrain téléchargeaient les vidéos sur un compte Dropox appartenant à des activistes qui les ont ensuite traduites et téléchargées sur Youtube.

Ces vidéos postées sur Youtube ont donc été utilisées comme des éléments de preuve d’un crime contre l’humanité, ce qui est une première absolue dans l’histoire.

Bien entendu, si Youtube est un moyen extraordinaire de communication pour les rebelles syriens, la plateforme leur offre aussi  la possibilité de diffuser des messages politiques quitte à tronquer certaines vidéos voire à diffuser de fakes visant à émouvoir les internautes et à faire adhérer à une certaine conception du conflit.

Facebook : un outil de coordination et de formation

Pendant la révolution égyptienne et tunisienne, les militants se servaient de Facebook pour organiser des manifestations. En Syrie, l’utilisation de ce média est plus limitée. Les rebelles savent que Bachar el-Assad surveille étroitement ce réseau social. Cependant, ces derniers utilisent largement les pages et groupes Facebook pour organiser des manifestations et appeler les Syriens à y participer.

Néanmoins, contrairement à ce qui se faisait en Égypte ou en Tunisie, les rebelles syriens prennent d’infinis précautions lors de syrial’organisation d’événements sur Facebook. Sur les groupes et les pages Facebook, ces derniers ne donnent l’emplacement et l’heure d’un événement qu’à la dernière minute. Si Facebook est utilisé pour organiser des manifestations, les militants privilégient d’autre outils de communication comme le bouche à oreille ou les programmes de messagerie instantanée comme Skype. Cette peur de l’utilisation de Facebook explique en partie pourquoi les manifestations anti-gouvernementales n’ont pas toujours été aussi massives qu’en Égypte par exemple.

Outre, l’utilisation de Facebook pour organiser des manifestations, les rebelles se servent aussi de ce réseau social pour se former. En effet, ces derniers sont en manque d’armes, de matériels de communication mais aussi de formations. La plupart d’entre eux ne sont pas des soldats professionnels. Ces derniers n’hésitent donc pas à s’échanger des vidéos et des conseils sur Facebook. C’est par exemple l’objet de certaines pages que l’on trouvent sur le réseau social et qui donnent des conseils allant de « comment éteindre la sonnerie de son téléphone portable » à des vidéos expliquant comment utiliser des missiles antichars !

 

Les usages du web par les partisans de Bachar el-Assad

Le rôle de l’armée syrienne électronique

Certains les décrivent comme de jeunes hackers pro-Bashar el-Assad, d’autres comme des pirates informatiques plus expérimentés. En tout les cas, cette armée syrienne électronique (SEA en anglais) est capable d’attaquer des sites web afin de les détourner ou de récupérer des données. Ainsi, ces derniers on réussi il y a quelques temps à pirater le compte Twitter d’Associated Press afin d’annoncer qu’une explosion avait eu lieu à la Maison-Blanche et que Barack Obama avait été touché. Résultat ? La Bourse de New York a connu une chute momentanée de son cours.  Ce groupe de hackers pro-régime, n’hésite pas non plus à pirater les réseaux sociaux de grands journaux internationaux. On compte parmi leurs victimes la  BBC, AL Jazeera ou encore le Guardian.

CNN Twitter

Le compte Twitter de CNN piraté le mois dernier

 La SEA a aussi piraté des annuaires téléphonique en ligne comme TrueCaller basé en Suède afin de récupérer les données personnelles de millions de personnes dans le monde.

Concernant les liens entre la SEA et le régime de Bachar el Assad, ils sont très compliquées à déceler. Selon des experts en matière de piratage, ces hackers seraient de simples jeunes syriens volontaires, disposant de moyens plutôt rudimentaires  et ne travaillant pas en partenariat avec le gouvernement syrien. D’autres en revanche pensent qu’il y a de fortes chances pour que certains de ces hackers collaborent main dans la main avec le pouvoir en place.  Quoiqu’il en soit, ces hackers ont un même objectif : véhiculer une certaine image du gouvernement syrien et maintenir la pression sur l’opposition.

Bachar el-Assad est tout aussi présent que les rebelles sur les réseaux sociaux. L’objectif de ses spin doctors : noyer les informations diffusées par les rebelles, donner le point de vue du régime sur les événements en cours et envoyer un message à la communauté internationale qui serait en substance « tout va bien en Syrie, nous sommes en train de gagner, le pays va bientôt retrouver un visage normal ».

Basharelassad

Sur Instagram, les spin doctors du président syrien veulent véhiculer l’image d’une Syrie tranquille et unie.

Pour mener à bien ces objectifs, le régime dispose d’une page Facebook, d’un compte Twitter, d’un compte Youtube et Instagram.
Ainsi on trouvera sur ces différents comptes sociaux, des images de Bachar el-Assad participant à des cérémonies religieuses ou à des réunions, des liens vers des interviews accordées à des médias étrangers ou encore des réactions du régime à des événements internationaux comme la mort de Mandela (sic).

Dans ce souci de donner une image moderne et humaine de la Présidence syrienne, le régime s’appuie énormément notamment sur Instagram sur l’épouse du Président : Asma. En parcourant les différentes photos sur le compte Instagram du gouvernement, cette dernière  est mise en scène préparant à manger pour des familles défavorisées ou encore en train de poser en compagnie des proches d’un « martyr ».

Premiere dame

Asma, une Première Dame importante pour la communication du gouvernement syrien.

Bien évidemment, cette communication du régime sur les réseaux sociaux est particulièrement policée. Les commentaires critiques sont systématiquement censurés. Vous ne trouverez évidemment pas sur les comptes gérés par le gouvernement syrien des photos de la Première dame de Syrie lors de ses virées shopping pendant lesquelles cette dernière n’hésite pas à dépenser des milliers de dollars. 

Pour ce qui concerne l’audience de ses différents comptes, cette dernière est plutôt limitée. La page Facebook officielle ne compte « que » 126 000 fans, le compte Twitter de la présidence syrienne dispose de près de 12 000 abonnés et les vidéos postées sur Youtube ont à peine franchies le cap des 400 000 vues. Ces chiffres ne sont évidemment pas anodins mais ils sont relativement modestes au regard de la visibilité médiatique du conflit syrien. En revanche, le compte Instagram de la Présidence crée en juillet dernier connait un certain succès. Ce dernier compte un peu moins de 41 000 followers alors que le régime a publié à peine 300 posts.

Pensez-vous que la guerre pour l’attention de l’opinion sur les médias sociaux est importante dans ce conflit syrien ?

Édit : Le thème de cet article n’est pas habituel sur MyCM mais il n’est surtout pas évident à aborder tant la crise syrienne est compliquée à comprendre et l’objet de débats explosifs.  C’est un choix que j’assume car je trouve le sujet de cet article digne d’intérêts pour ceux qui s’intéresse aux problématiques de cyber-war. Sachez enfin que je ne cherche pas dans cet article à promouvoir les actions des rebelles qui forment un groupe hétérogène ayant des objectifs très différents. Je ne souhaite pas non plus valoriser ou discréditer le gouvernement syrien actuel à travers ce billet.   😉

A propos de l'auteur

Julien Provost

Julien Provost  (7 articles)

Community Manager chez Carenity, premier réseau social européen dédié aux personnes concernées par une maladie chronique, j’ai fait mes premières armes chez Coocoonhome.com, site web consacré à l’immobilier.

Diplômé d’un master en communication digitale, j’ai participé à la création de la première plateforme numérique dédiée à l’entrepreneuriat étudiant en Bretagne.

Passionné par le web communautaire, je suis convaincu que les médias sociaux induisent un profond changement dans la façon de communiquer des organisations et des individus.

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