Quand les Anonymous tombent le masque

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Vous n’avez pas pu passer à côté. Le FBI a fermé le site de téléchargement Megaupload (13 ème site le plus consulté au monde) et arrêté des fondateurs. Cette rafle témoigne d’une politique de chasse aux non respect des droits d’auteurs, la S.O.P.A.

Au delà de cette répression, un groupe d’experts en informatique résiste encore et toujours à l’envahisseur l’esprit de censure et de claustrophobie qui s’installe sur la toile : les Anonymous. Connus pour plusieurs faits d’armes (l’affaire wikileaks…), ils ont immédiatement répliqué à la fermeture de Megaupload. Et étrangement des sites comme le FBI américain, la page Hadopi sur le site wikipédia et d’autres site importants ont été piratés, voire purement fermés momentanément.

Mais que représentent vraiment ces geeks en collant et cap ? Par quels artifices ont-ils réussi à se forger cette notoriété ? Faut-il vraiment se méfier d’eux ou embrasser leur cause ? Pourquoi leurs actes nous donnent-ils du baume au cœur ?

 

Les Anonymous, tout un symbole

Au delà du phénomène médiatique qui déchaine les passions et remplit les prisons, se cache une vérité bien plus proéminente. Outre leurs actions et leurs revendications, les anonymous sont parvenus à devenir un symbole.

Groupuscule d’un microcosme de geeks anarchistes ou organisation orchestrée de défenseurs des droits des citoyens, peu importe. Par leurs coups d’éclats et de gueules, ils ont réussi à se faire un nom et un visage, celui du peuple. Nul besoin de s’appesantir sur leurs vraies identités, les gens savent qu’ils existent et qu’ils sont là pour veiller à la défense de la liberté d’expression sur le web. Dans l’inconscient collectif, Le terme « anonymous » est progressivement devenu synonyme d’anges gardiens (n’arrêtez pas Mimie Mathy elle n’est pas leur chef !). Cette auréole qui trône au dessus de leur masque indique seulement que les gens ont pris conscience qu’il existe une entité supérieure qui protège leurs intérêts.

Le terme anonymous est bien entendu au centre de cette stratégie cybernétique. Ici il n’y a aucun leader proclamé, aucun visage mit en avant, juste un masque affichant l’anonymat de ses membres. Ce choix facilite grandement l’identification et l’intégration du message véhiculé car il n’y a pas de jugement sur la personne en elle-même. Cette délégation identitaire au tribu d’autrui démontre un acte férocement fédérateur.

Car ce qui marque les esprits, ce sont ces détails qui permettent d’identifier au premier coup d’œil une entité ou une personne. Repensez aux célébrités les plus connues, ou aux groupes qui ont marqué leurs temps…on peut tous les reconnaître par un simple visuel, un simple objet (gant brillant de Michael Jackson, langue rouge des Rolling stones…) Ici le nom et le masque sont les représentations de l’organisation. La plupart des internautes savent donc à qui ils ont à faire à la vue de ces signes ostentatoires. Imaginez-vous s’ils s’étaient présentés en ados boutonneux enfermés dans le garage à maman, ils n’auraient jamais été autant écoutés et pris au sérieux.

Les anonymous c’est au final la négation de l’individualisme pour laisser place à l’incarnation d’un leader universel, l’idée !

 

Un visage qui en dit long

Ce célèbre masque au visage malicieux a fait le tour du monde. Matérialisation de l’allégorie du protecteur de la liberté citoyenne, il devient de plus en plus utilisé dans les manifestations pour illustrer la voix du peuple plutôt que la voix de 2000 inconnus à visage découvert. Car ce que les gens ont bien intégré, c’est qu’au delà de la moustache de Dali se cache un message fort qui est véhiculé.

Vous le connaissez mais pourtant je suis certain que peu d’entre vous connaissent les origines de ce masque. Pourtant il a une histoire.

Sa démocratisation s’est opérée lors de la sortie du film « V pour Vendetta ». Dans ce long métrage, nous suivons les actions d’un combattant de la liberté masqué, désireux d’opérer des changements politiques et sociaux radicaux dans une société dictatoriale. Les anonymous ont repris l’idée générale de ce film : l’incarnation d’une idée plutôt qu’un individu ».

Bien avant cela, le masque a été inspiré du personnage de Guy Fawkes. Qui ça ? Un catholique anglais du 16ème siècle qui s’insurgeât contre la politique du roi en matière de religion. Il a exécuté un plan appelé « Conspiration des poudres » pour mettre en actes ses convictions. C’est la série du comics V pour Vendetta écrite par Alan Moore et David Llioyd, qui s’inspira du visage de Guy Fawkes pour imaginer ce fameux masque.

D’autres y voient également une référence directe aux masques présents dans la BD Tintin et les Picaros, outils de rébellion contre un général tortionnaire. Les créateurs du comics V pour Vendetta se seraient également inspirés de ces masques. Et hop, une influence de plus !

Bref, vous l’aurez compris, ce masque a dans ses gènes une prédisposition pour représenter l‘idée d’une révolution souterraine contre un certain totalitarisme. Puis au fil des pérégrinations sociétales il s’est massivement imposé comme l’emblème des revendications populaires dépassant celles d’un seul homme. Il est devenu le porte parole d’idées et d’opinions contre la société. La signature d’une intracibilité, voire d’une épée de damoclès à l’ère du web.

Son message est donc clair. Annihiler l’individualité pour faire partie d’un tout qui dépasse notre simple personne. L’idéologie selon laquelle la plus puissante des armes est une idée, non une personnalité.

 

Quand la fiction sort de l’écran

Homme d’affaire, bénéficiaire des restos du cœur, mère au foyer ou jeune étudiant, nous avons tous été biberonné par les histoires que les médias nous ont raconté. Et ces mêmes médias ont des techniques bien particulières pour présenter leurs reportages, ils utilisent des codes qui font écho à notre représentation du monde qui nous entoure, des repères qui nous aident à analyser ce qui se trame. Toute cette communication repose sur un fantasme dit de « la bonne histoire ». Toutes les livres et les films que nous voyons utilisent cette technique pour nous conditionner à percevoir une architecture scénaristique prédéfinie, conditionnée.

Si bien que face à une situation donnée, nous parvenons à déduire très rapidement les principaux protagonistes du spectacle se déroulant sous nous yeux. Il y a les gentils, les méchants, le rebondissement, la réconciliation… Tous ces archétypes stéréotypés nous rassurent et nous permettent de se forger une opinion (que l’on pense être la notre). Mais à la télévision on oublie bien souvent que le discours qui nous informe de l’histoire est rarement impartial. Le web lui est le seul outil où les barrières de la subjectivité sont rompus. Sur la toile, chacun donne son avis sans langue de bois et sans prompteur. Le discours est bien souvent éloigné des JT du 20h.

Les Anonymous représentent donc l’externalisation de normes fictives qui prennent vie dans notre monde réel. Et c’est excitant de savoir que des événements inhabituels se confrontent à notre quotidien. On aime les histoires rocambolesques avec des rebondissements, alors les médias nous les présentent de cette manière (affaire DSK). Les Anonymous insufflent ainsi un air de révolution, un vent de rupture des codes qui font que l’on se conforme. Ce parallélisme entre la fascination d’actes hors du commun et leur similitude avec des scènes vues ou lues donnent le sentiment de s’éloigner des lois du citoyen modèle, de pimenter son quotidien alors qu’au final cela ne changera rien.

 

La subjectivité d’une « pensée de groupe »

Après tous ces écrits, on pourrait penser que les Anonymous sont les émissaires et les sauveurs du monde connecté. Mais détrompez-vous, là encore ce parti pris est trop réducteur. Malgré leurs intentions en apparence louables, leurs pratiques en fait grincer des dents à plus d’un. Certains dirigeants préféreraient d’ailleurs bien les imaginer en hommes au masque de fer.

Oui leurs revendications veulent défendre la liberté de chacun, mais leurs actes sont condamnables. Ils «hackent » des sites extrêmement populaires et officiels pour afficher leur mécontentement, mais derrière ce rideau, d’autres spécialistes du piratage (sans revendication) peuvent avoir accès à des informations sensibles lors de cette période de blackout.

Utopie d’un rempart universel contre les baillons des politiques, cette « mission » peut faire l’objet d’un endoctrinement inconscient pouvant amener de jeunes adolescents influençables à participer à des actions de grandes envergures, les conduisant à la case prison (et sans toucher 20 000 francs !)

De plus, comme tout groupe, il existe un phénomène de polarisation collective. Il s’agit d’une extrémisation des choix de l’entité sociale en fonction des opinions de ses membres. Bien souvent, il s’opère ainsi un durcissement et une radicalisation des jugements conduisant le groupe à prendre des décisions collectives plus extrêmes que la moyenne des jugements individuels. Un facteur à ne pas négliger…

Rien n’est totalement blanc ou tout noir, et le visage des anonymous n’est pas celui d’une immaculée conception. Derrière ces traits figés se cachent des expressions bien humaines, avec ses qualités et ses défauts. Il ne faut pas acquiescer la cause des anonymous pour se contenter de suivre le mouvement. Il faut essayer d’avoir un regard omniscient pour comprendre les motivations et les enjeux des différents partis.

 

Conclusion

Bien évidemment cette cyber-guerre et ce déchainement passionnel autour du groupe anonymous n’intéresse pas tout le monde. Les non initiés ou résistants au filtre d’amour d’Internet restent indifférent à ce débat médiatique.

Pourtant au delà des thématiques actuellement défendues (droits d’auteurs, liberté…), ce bras de fer entre les autorités publics et les internautes démontrent clairement une incompréhension réciproque. Les institutions politiques ne cherchent pas à comprendre l’origine du problème en analysant les attentes des consonautes, et se contentent d’arracher le poil pour avoir une peau bien lisse. Mais ce n’est qu’une façade car la barbe finit toujours par repousser. Les anonymous eux affichent clairement leur résistance face à la tentative de bayonnement et de « censure » des valeurs morales et éthiques envers les autorités.

Un débat peu accessible donc pour le grand public, mais pourtant au cœur des problématiques de demain. Il est donc de notre devoir droit de s’y intéresser pour se forger notre propre opinion et ne pas se laisser influencer par ce qu’en disent les autres.

Et vous, que pensez-vous de tout cela ?

Crédit images 1, 2, 3, 4, 5

A propos de l'auteur

Ronan Boussicaud

Ronan Boussicaud  (18 articles)

Community manager / webmarketeur au sein de l'agence Useweb, je développe des analyses mêlant web 2.0 et psychologie sur mon blog « La Psyché du Web social » et participe à des ouvrages numériques collaboratifs. Je rédige aussi des articles sur des sites spécialisés (comme My Community Manager Webmarketing&Com) et anime régulièrement des conférences autour du community management et des médias sociaux. En octobre 2012, j'ai publié un ouvrage co-écrit intitulé "Tout savoir sur... La marque face aux bad buzz : anticiper et gérer les crises sur les médias sociaux" aux éditions Kawa. Grand curieux et cinéphile dans l'âme, le web social me colle à la peau. Passionné par le web communautaire mais aussi par toutes les formes de communication humaines, je crois profondément au relationnel et à l'échange. Alors, pourquoi ne pas vous joindre à nous ?

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