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Pourquoi je ne participerai pas à l’ice bucket challenge

Après le jeu necknomination, le nouveau défi à la mode sur les réseaux s’appelle l’ice bucket challenge : un seau d’eau glacé, un smartphone pour se filmer et le tour est joué ! Phénomène de l’été sur Facebook, Instagram ou Vine, il a conquis le cœur des internautes anonymes comme des célébrités.

Un challenge au service d’une association caritative

Les origines du ice bucket challenge demeurent obscures et remonteraient au début du printemps, quand de jeunes Américains ont commencé à se jeter dans l’eau et ont nominé plusieurs contacts pour les encourager à procéder de même. Nous pourrions établir une parenté avec le phénomène de necknomination : quand certaines se sont déshabillées dans un supermarché, d’autres se sont jetés à l’eau une fois leur boisson consommée, quitte à y laisser la vie.

En France, le phénomène À l’eau ou au resto peut être considéré comme un équivalent du ice bucket challenge : il est finalement moins dangereux de se verser un seau d’eau que de s’immerger brutalement dans une rivière ou un lac glacé ! Certains et certaines ont acquis leur mégaoctet de célébrité après une jolie gamelle.

Ce nouveau défi n’aurait pu rester qu’un épiphénomène du web, occupant le devant des réseaux sociaux jusqu’à la prochaine idée inepte et virale. Mais le hasard lui a accordé un coup de pouce au bon moment, le consacrant comme le nouvel incontournable : la destinée du ice bucket challenge a en effet radicalement changé quand des célébrités se sont penchées sur son berceau.

Un professionnel du motocross, Jeremy McGrath, a le premier proposé une alternative au seau d’eau : un don de 100$ à une association. Puis un golfeur, Chris Kennedy, relève à son tour le défi et propose comme un alternative un don de 100$ à l’ALS Foundation, le mari de sa cousine souffrant de la maladie de Charcot.

Le ice bucket challenge tel que nous le connaissons venait de naître !

Plus qu’une vidéo, un véritable plaidoyer pour l’ice bucket challenge qui ne peut laisser personne indifférent

Une récupération intéressée de la part des célébrités ?

Les célébrités ont immédiatement adopté la forme finale du challenge, un seau d’eau contre un don, décidant le plus souvent de répondre aux deux volets du défi : l’eau glacée et la monnaie !

Plusieurs raisons peuvent expliquer cet engouement. Le ice bucket challenge constitue en effet une excellente opération de communication, bien meilleure par exemple que le selfie qui peut être jugée trop narcissique. Ici, la célébrité se met en scène pour une bonne cause et « paye de sa personne » pour développer une connivence réelle avec son public. Elle se met tout simplement à sa portée.

Le concept du seau d’eau glacé s’avère en plus autant drôle que télégénique. Posté sur Vine ou Instagram, il encourage les échanges avec les fans de la star et multiplie les partages. La star, qui nomine autant d’autres célébrités que, parfois, des anonymes de son entourage, crée des liens nouveaux avec son public. L’ice bucket challenge permet ainsi aux anonymes de s’approcher de leurs icônes, en apprendre un peu plus sur leurs liens d’amitiés avec d’autres personnes connues ou des proches.

Buzz en ligne et dans les médias, gain en capital sympathie, elles ont tout à gagner à se lancer dans ce défi !

La vidéo du mannequin Gigi Hadid a suscité sur Instagram des dizaines de milliers de j’aime !

Relayé par les célébrités et la foule des anonymes, ce phénomène a permis une incroyable levée de fonds pour l’ALS Foundation : l’association a annoncé avoir reçu entre le 1er janvier et mi-août 2014 près de 31,5 millions de dollars de dons contre 1,9 million sur la même période de l’exercice précédent.

Pour autant, s’il serait cynique de condamner sans procès l’ice bucket challenge uniquement en mettant en doute, avec sûrement un brin de cynisme, la bonne foi des célébrités, d’autres aspects me dérangent et me feront renoncer à un tel défi si d’aventure on me nominait.

Un défi soumis à la pression du groupe

Si par bien des aspects, l’attention au regard que nous portent les autres encourage le « vivre-ensemble » (tu ne mettras pas tes doigts dans le nez en public, tu ne parleras pas à haute voix dans une Eglise, etc…), la pression informelle et invisible du groupe nous apprend aussi le respect, ou du moins nous encourage à l’appliquer, et constitue une composante vertueuse et essentielle à une vie harmonieuse en société.

Dans un univers numérique ou la reconnaissance sociale constitue un véritable graal pour de nombreux jeunes en quête d’acception, un tel défi peut quasiment relever du chantage.

Ceux qui ne désirent pas se mettre ainsi en scène devant leur caméra, par timidité ou parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans un tel spectacle, pourraient certes s’orienter vers le don… À condition d’en avoir les moyens ou de souhaiter s’engager financièrement ! Ou alors ils finiront par céder par peur du jugement des autres et suivront un mouvement quand ils auraient pu en initier d’autres. Vous me direz néanmoins que l’un n’empêche pas l’autre, et vous n’auriez pas tort. Ils pourraient aussi simuler un don, car ne disposant pas des ressources suffisantes… Mais alors, que devient l’esprit même de ce challenge ?

Entre ludification de la société et déresponsabilisation Des individus ?

Quant à d’autres ? Ils prendront plaisir à s’arroser et à filmer leurs exploits et en oublieront certainement la dimension caritative qui y a été associée. La ludification a depuis longtemps envahi plusieurs aspects de notre vie quotidienne. Des entreprises comme Google transforment leurs espaces de travail en véritables parcs d’attractions pour augmenter la productivité de leurs salariés, avec tables de ping-pong, salles de jeux, toboggans… Les programmes de fidélité des grandes enseignes reposent aussi sur ces mécanismes.

L’ice bucket challenge s’inscrit dans cette même logique de gamification. La notion de responsabilité citoyenne et humaine, le plus souvent fruit d’un sentiment premier de révolte, devrait motiver la volonté d’un engagement associatif et/ou caritatif. Albert Camus s’exprime avec clarté sur ce sujet dans La peste, où un groupe d’hommes révoltés par l’horreur désincarnée du fléau décide de la combattre avec courage et opiniâtreté.
Le don est ici associé à un jeu dont les ressorts viraux reposent parfois sur la stupidité la plus insigne. Pensez-vous que Leona Klement, qui n’a même pas conscience de la conséquence de son acte sur son cheval, puisse appréhender toute la complexité de la maladie de Charcot et la portée d’un engagement même symbolique pour la combattre ? Et la plupart des commentateurs ne montrent guère plus d’implication sociétale et d’humanisme…

Cette implication inconstante, souvent légère et parfois frivole, n’est pas nouvelle. Nous la retrouverons ainsi dans ce poème de François Coppée, La petite marchande de fleurs :

Elle nous proposa ses fleurs d´une voix douce,

En souriant avec ce sourire qui tousse.

Et c’était monstrueux, cette enfant de sept ans.

Qui mourait de l´hiver en offrant le printemps.

Si ce poème est poignant, je ne peux que ressentir un malaise à la lecture du dernier vers : Mignonne, nous ferons l’aumône cet hiver.  Et ensuite ? Est-ce tout ? Cela suffit-il à s’acquitter d’une mauvaise conscience ? Essayons de parler à nouveau dans deux ans de la maladie de Charcot sur Facebook, et nous constaterons le pourcentage d’utilisateurs qui seront capables de nous l’expliquer.

Les risques d’une surenchère dangereuse

Un tel succès pourrait attirer les convoitises des associations, mais surtout des internautes désireux de lancer le prochain phénomène, en utilisant le prétexte du don et en faisant preuve d’une surenchère toujours plus dangereuse.

Depuis plusieurs mois sévit ainsi le fire challenge. Illustration du risque d’escalade, ce défi consiste à s’asperger de matière inflammable, à y bouter le feu pour l’éteindre le plus vite possible. Selon LCI, plusieurs morts sont déjà à déplorer. Si aucune association n’associera jamais volontairement son nom à une telle stupidité, elles pourraient être rapidement dépassé par l’ampleur d’un phénomène dont elles ne seraient que la caution morale !

Que penser d’un tel phénomène ?

Des alternatives à l’ice bucket challenge ?

Pour autant, critiquer et condamner ne peut suffire, surtout quand on garde à l’esprit les sommes récoltées. Mais quelles alternatives proposer ?

Je garde à l’esprit des opérations virales contre le cancer du sein, il y a quelques années, qui possédait quelques pistes de réflexion intéressantes qui auraient mérité d’être approfondies. Entre autres, les hommes avaient vu fleurir sur les murs de leurs contacts féminins des couleurs. Bleu, rouge, blanc, noir, prune… Il s’agissait en fait de la couleur du soutien-gorge de ces demoiselles, qui étaient encouragées par la même occasion de pratiquer l’autopalpation en prévention… Il est juste regrettable que rien n’est été entreprise pour capitaliser sur ces opérations, ne s’en tenant qu’à l’aspect ludique (plus subtil, il faut l’avouer, qu’un seau d’eau sur la tête ) !

Pourquoi ne pas remplacer le don financier ou le seau d’eau en laissant le choix au participant d’un engagement de son choix au service des autres ? Un don à une association, un repas offert à une personne dans le besoin, un engagement auprès d’une association de défense des animaux… Je vous invite à ce titre à découvrir www.babeldoor.com, qui valorise des projets d’associations célèbres ou méconnues, portés par des personnes engagées et passionnées. Une fois défini le geste que l’on souhaite faire au service des autres, des animaux ou de la planète ? L’internaute publie sa vidéo, une photographie, un témoignage prouvant son engagement et inviter les autres à faire de même. Nous assisterions alors à un véritable « crowdsourcing » humanitaire et caritatif, durable et porteur de sens, de nouvelles idées relançant régulièrement la dynamique de partages.

Et vous, que pensez-vous de l’ice bucket challenge ? Y-avez-vous participé ou comptez-vous y participer ?

A propos de l'auteur

Benjamin Thiers

Benjamin Thiers  (19 articles)

Responsable du Search Engine Marketing du site SeFaireAider.com, j'ai commencé à travailler dans le référencement naturel en 2003. Je suis fasciné par le formidable terrain de jeu que représente le marketing digital, en évolution permanente. Auteur des livres Digitalisez votre marque et Ce que Google veut, tous deux aux éditions Studyrama, j'anime aussi un cours de communication digitale pour Kedge Business School. J'anime depuis septembre 2015 la rubrique SEO/SEA de MyCommunityManager.

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