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Médias Sociaux

16 novembre 2010

Les élections de 2012 se gagneront sur les réseaux sociaux (ou presque ?)

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En parler n’avait pas suffi en Mai 2007. La faible notoriété des réseaux sociaux à l’époque (moins de 700.000 français inscrits sur Facebook, à peine quelques milliers sur Twitter) n’avait pas été perçue comme une menace (ou dans le meilleur des cas, comme une opportunité) par les différents partis politiques, et très clairement, la bataille des urnes se gagnait plutôt à coup de débats télévisés, de meetings et d’opération de street marketing (via des tracts, notamment). Les élections sénatoriales du 2 Novembre 2010 aux Etats-Unis ont cependant donné un avant-goût de ce que l’on pourrait connaître courant 2012, lors des prochaines élections présidentielles en France. Les réseaux sociaux ont en effet joué un rôle relativement important dans un pays où l’on estime que 42% des 18-24 ans sont influencés par les réseaux sociaux (selon Echo Research).

Il fut un temps ou les électeurs ne se nourrissaient que des dires des médias traditionnels, en particulier la télévision, et donc à travers un seul écran. Aujourd’hui, les citoyens se focalisent de plus en plus sur les données accessibles via plusieurs écrans, à savoir la télévision, mais également leur ordinateur ou leur téléphone portable. Ces nouveaux médias offrent de nouvelles opportunités, et une récente étude confirme son poids : selon Echo Research toujours, près de la moitié des américains sont allé se renseigner sur les différents politiciens sur les réseaux sociaux, faisant ainsi de cette source celle qui enregistre la plus forte croissance en terme d’influence par rapport aux dernières élections présidentielles de 2008. Facebook et Twitter ne jouissent désormais plus seulement des répercussions d’un effet de mode : ils doivent faire partie intégrante d’une campagne électorale.

Si ces réseaux sont aussi attractifs à première vue, c’est surtout parce qu’ils permettent de mêler nouvelles méthodes de communication et propagation auprès de différentes sphères sociales. Facebook permet par exemple non seulement de présenter un argumentaire ou une prise de position à son entourage, mais également de dialoguer, de partager, d’échanger des points de vue avec des amis ou les amis de ses amis. Autrefois particulièrement attentistes et spectateurs, les citoyens deviennent peu à peu des acteurs d’une campagne, capables de véhiculer un message et de l’argumenter auprès de centaines d’autres individus. Ne dit-on pas que Twitter est le pouls de la nation ? Les principaux acteurs des différents médias traditionnels l’ont d’ailleurs bien compris, et ont pour la plupart élaboré des présences sur les réseaux sociaux.

Outre cette approche plutôt théorique, les chiffres et les différentes actions parlent d’eux-mêmes. Aux USA toujours, le 3ème débat télévisé en 2010 a généré 154.342 tweets relatifs à différents termes proches du débat sur Twitter, soit près de 27 tweets par seconde, par 33.095 individus, selon le compte Twitter officiel @Tweetminster. Sur Facebook, des groupes pro-Républicains ont rassemblé jusqu’à 136.000 personnes, jusqu’à 126.000 pour les pro-Démocrates. The Washington Post a acheté la tendance de recherche promotionnelle « #Elections », le New-York Times a créé une cartographie affichant le tracking des discussions au sujet des différents prétendants, Twitter a appelé à l’utilisation des hashtags #Votereport et #NYCvotes, Foursquare a créé le badge « I voted », une application Facebook a été spécialement conçue afin d’appeler les plus rétiçents à voter et Facebook a appelé au vote et proposé un outil de localisation du bureau de vote le plus proche de chez soi.

Cependant, bien que cela puisse paraître alléchant à première vue pour les différents partis politiques, les chances pour que les réseaux sociaux jouent un rôle aussi important en France sont toutefois à relativiser. Tout d’abord, le taux de pénétration de ces réseaux dans les ménages de l’Hexagone est à relativiser. Selon une récente étude de Karalys, seuls 225.000 des 150 millions d’inscrits à Twitter sont français, pire, seuls 18 à 35.000 d’entre eux seraient actifs. Or, très clairement, une élection présidentielle se joue très rarement sur quelques dizaines de milliers de votes. Facebook, de son côté, reste très utilisé mais peine encore à séduire les différents acteurs francophones : l’UMP rassemble aujourd’hui moins de 6.500 fans, le Parti Socialiste 12.600, et rien ne garantit que des efforts seront apportés d’ici à 2012.

Parallèlement, l’Histoire nous montre que les réseaux sociaux ne sont pas toujours très représentatifs et que des prévisions issues des différentes discussions ou de la taille des communautés s’avèrent périlleuses. Par exemple, en 2008, Obama avait plus de 2 millions de fans sur Facebook contre 600.000 pour son adversaire McCain, 112.000 followers contre 4.600 pour McCain sur Twitter (selon les auteurs de « Throwing Sheep in the Boardroom: How Online Social Networking Will Change Your Life »). Pouvait-on alors supposer que bien plus supporté, il jouirait probablement d’une victoire relativement facile ? Il ne gagnera finalement qu’avec 52,9% des voix, ce qui mène à penser que même en politique, « la taille ne compte pas » sur les réseaux sociaux. Les principaux partis politiques français sauront-ils alors prendre soin de se tourner vers des indicateurs (et donc des méthodes) plus pertinents ?

La victoire d’Obama a clairement été boostée par ses nombreuses campagnes d’emailing qui ont généré un nombre très important de petites dotations indispensables pour payer les publicités à la télévision. La logique voudrait donc que d’ici au premier trimestre 2012, différents prétendants élaborent des présences sur Facebook et sur Twitter, mais sans forcément faire reposer leur stratégie globale sur celles-ci. Bien que plus utilisés qu’en 2007, ces réseaux devraient donc jouer un rôle moins important que l’on ne pourrait le souhaiter, à moins que l’art de la persuasion via les plateformes sociales soit profondément accentué ces prochains semestres. Quel est votre avis sur le sujet ? Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry pourraient-ils par exemple créer la surprise et redorer le blason de la Gauche dans le cœur des français via Facebook et Twitter ?



A propos de l'auteur

Christophe Ramel
Christophe Ramel
Community Manager, blogueur (Kriisiis.fr, entre autres), et surtout, passionné par le Web 2.0, l'actualité High Tech et les Social Media.








 
 

 
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19 commentaires


 
 

  1. Antoine Dupin
    Anonyme

    En France, je vois un gros problème. La communication 2.0 tourne autour d’un parti (créateurs du possible, la coopol) là où aux USA elle tourne autour d’une personne (Obama). Résultat ? Un parti n’est pas une personne, on n’est plus réellement dans le relationnel mais dans les logiques traditionnelles … Je pense que c’est l’erreur principale en France :)


  2. Les francais sont ils pret au meme titre que les américain à afficher publiquement leur opinions politiques ? Qui plus est sur des réseaux où amis et relations sont mélangés.


  3. Il ne faut à mon sens pas limiter les réseaux sociaux à l’usage de facebook et twitter. Le site du parti socialiste est par exemple vraiment très bien fichu si on le compare à celui de l’UMP. Ils ont fait de gros efforts pour communiquer sur leur projet sur la réforme des retraites sur internet et faire en sorte que ce soit didactique et partageable facilement. Ce ne sont pas forcément des réseaux sociaux, mais des “contenus sociaux” (ou socialisables).

    Je rejoins Franck, si quelques milliers d’internautes sont prêts à afficher leur appartenance ou leurs inclinations, l’immense majorité garde ça pour lui et n’utilisera le net que dans une optique de consultation.

    Tu as pris l’exemple de la campagne d’Obama et de ses résultats au final. Il ne faut pas oublier que le système de vote américain est très spécial et que les grands électeurs peuvent faire ou défaire une élection alors qu’un candidat a la majorité du peuple. Du coup il serait intéressant de savoir quels sont les résultats d’Obama “hors grands électeurs”.

    Concernant la France, Ségolène Royal avait toute une équipe dédiée au web et aux réseaux sociaux en 2007, son “réseau social” avait d’ailleurs très bien fonctionné à l’époque.
    Ce qu’avance Antoine est juste mais je pense que les candidats (certains au moins) à la Présidence vont créer leur plateforme sociale, façon coopol ou créateurs de possibles, mais centrée sur leur candidature.

    Peut-être que ce sera juste un blog avec des commentaires, une chaîne youtube ou un subtil mélange de tout ça. Les agences conseil vont avoir beaucoup de boulot, ça va être passionnant.


  4. Guillaume Pasturel

    Il existe un écart entre les Etats-Unis et la France en terme politique. Et cela ne concerne pas les réseaux sociaux à proprement parler. Les américains sont plus enclin à afficher leur opinion politique. En effet, il n’est pas rare de voir devant les fenêtres ou dans els jardions des pancartes ou des drapeaux indiquant le candidat ou le parti que les citoyens soutiennent. Je ne pense pas que les français soient prêts à afficher leur couleur politique.

    Comme tu le disais Christophe, l’impact en terme d’audience est faible en France si l’on regarde le taux de participation des internautes sur les relais des partis politiques. De plus, la faible pénétration de Twitter sur le web français rend encore ce canal de communication presque confidentiel.

    L’avenir de la politique dans les réseaux sociaux réside dans l’aspect conversationnel et non “promotionnel “. Il ne suffit plus de faire de sa “pub”, les citoyens veulent de l’échange, du participatif, de la e-démocratie comme il le désire pour les marques.

    Et enfin la problématique de 2012 sera l’abstention qui augmente d’éléction en élection. L’enjeux des partis politiques en s’impliquant sera de remobiliser les citoyens à prendre par à la campagne et au scrutin.


    • Christophe Ramel
      Anonyme

      Nous en parlions lors de notre dernière rencontre, et c’est tout à fait vrai : le pouvoir des réseaux sociaux lors des prochaines élections reposera sur les conversations et non sur la promotion pure. Différence culturelle oblige !


  5. Très bonne synthèse et analyse, merci de la partager. J’effectue actuellement des recherches sur le rôle des médias sociaux dans la préparation des présidentielles de 2012, et tout supplément d’informations à ce sujet est extrêmement bienvenu.

    Les médias généralistes français portent en effet une attention encore trop faible aux enjeux extrêmement porteurs que constituent les médias sociaux pour la communication politique, en dépit de l’exemple d’Obama ’08.


  6. Très pertinente analyse. De plus, la répartition des tranches d’âges sur les réseaux sociaux aurait tendance à écraser la pyramide vers le bas et donc à biaiser la représentativité de statistiques.


  7. Très bonne analyse, mais je rajouterais un point: la passion! Les médias sociaux sont capables de mobiliser les utilisateurs quand ceux-ci sont passionnés, serait-ce par une marque, une personalité ou une cause. Barack Obama a su passionné les Américains en 2008. Je doute que Sarkozy ou Martine Aubry en soit capable…

    Par contre, la haine (ou la passion) anti sarkozi va fonctioner à pein régime (cf l’événement pot de départ Sarkozy en Mai 2012 que ‘on peut déjà rejoindre sur Facebook)!


    • Christophe Ramel
      Anonyme

      Je suis d’accord avec ça : pour être performant, il faut être passionnant. Passionnant non pas seulement par son activité en ligne, mais surtout par son programme, par son image, par ses choix, par ses idées, parce que l’on représente.


  8. Pierre Cappeli

    Très bon article, très passionnant, même si je rejoins Guillaume sur l’écart important entre les Etats Unis et la France en matière politique mais aussi sur la mise en avant de ses propres opinions
    Pour ma part, j’ai toujours pensé que sans être persuadé que l’on pouvait “gagner une élection Présidentielle” (comportement dans l’isoloir très différent par rapport aux autres élections, quoiqu’on ait pu partager avec ses @mis de Facebook ou sur Twitter) ) grâce aux réseaux sociaux, je reste persuadé qu’on peut la perdre ainsi.
    Je trouve surprenant par contre que ces candidats n’en fasse pas encore pleinement usage: dans “médias sociaux”, il y a avant tout “médias” …
    Il serait temps d’en repenser les usages en pareille consultation.


 
 



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