Le web 2.0 était-il devenu le nouveau Big Brother ?

Le web 2.0 était-il devenu le nouveau Big Brother ?

Quand on parle du net, on y associe souvent le terme de Big Brother, pour diverses et différentes raisons, plus ou moins légitimes selon les cas. Déjà employé pour d’autres formes de medium, on peut facilement dire sans trop s’avancer que depuis l’Hadopi, Sopa, les Anonymous, Facebook et consorts, cette impression de résurgence de 1984 n’a jamais été aussi présente dans nos esprits et dans notre quotidien. C’est un peu comme si tout d’un coup, ce rêve d’espace de liberté 2.0, d’expression et de partage, se transformait doucement mais certainement en cauchemar. Les moutons que nous sommes devenus se préparent une nouvelle fois à se faire tondre, mais peut être cette fois-ci pour la dernière fois.

C’est que dans cette course qu’est notre vie, l’esprit de fond et de marathon, l’idée de s’inscrire dans la durée d’un tout global, s’est progressivement aussi substitué à un désir enfantin d’immédiateté, une consécration finale et pleine de la notoriété à n’importe quel prix, du buzz facile à la construction d’un édifice bâti sur la pérennité. Et cela ne date certainement pas du web. Il n’en est en tout cas pas le seul responsable. Nous avons sans doute sacrifié notre esprit critique à l’autel de l’überinformation et de la facilité bien avant.

Quand la télévision est devenue le référent de notre éducation.

D’une génération qui a consacré l’avènement de la télévision, bien avant celle du web, j’ai un peu l’impression que ces dernières années elle est devenue ce que d’aucun prophétisait : notre canal d’éducation et le prescripteur du modèle social vers lequel nous devons tendre. En fait, depuis le premier Loft Story, et sa célèbre piscine, et donc les débuts de la télé-réalité, la télévision est devenu un des médias les plus incursifs dans nos vies. Et si vous avez déjà oublié à quoi cela ressemble, une petite piqûre de rappel ne peut pas faire de mal :

Depuis ce jour funeste se sont enchainées des émissions à forte valeur ajoutée sur le même modèle (oui c’est très ironique). Tout d’abord, la télévision a essayé de nous faire croire que la réussite sociale et professionnelle était aussi simple que de rester enfermé dans un endroit filmé 24/24h. L’expérience a prouvé depuis que cette « starisation » a été pour la majorité des cas éphémère. Par la suite, la Star Academy a démontré que même sans talent pour la chanson on pouvait faire son chemin. Finalement passer à la télé était devenu le modèle de réussite.

Non contente de s’arrêter là, la télévision a commencé à se demander si vous étiez de bons parents. Heureusement, Super Nanni est arrivée sur son beau destrier blanc pour démontrer à la France entière au combien la transmission de l’éducation et des valeurs étaient à mal dans notre hexagone. Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, des émissions comme « C’est du Propre », « Recherche appartement » et celles du type « résoudre ses conflits avec ses voisins » ont fini d’entériner le fait que la télé était devenue un modèle d’éducation, pire un « oncle d’Amérique », se substituant à nos parents et à notre système éducatif.

Sans doute la première victoire de Big Brother, la première démonstration que l’on était prêt à nous abandonner au grand manitou télévisuel. Un peu comme dans Matrix, lentement mais surement le système s’est progressivement substitué à nos consciences individuelles et collectives. Le libre arbitre a sans doute connu son premier revers. Mais le meilleur était à venir.

Par contre, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Si je ne décris que des aspects négatifs de la petite lucarne (sans doute pour servir au mieux mon propos), je sais aussi y reconnaître des émissions de qualité, et certaines de valeur. Mais hélas ces dernières sont souvent noyées par le reste.

Le Web, dernier espace de liberté ?

Au rythme où le web évolue, jour après jour, c’est sans doute le dernier far-west de l’aire moderne. De nombreux espaces encore à conquérir, de nouvelles aventures à vivre et à découvrir, des passions et des échanges encore à partager… Pourtant, avec les réseaux sociaux, et particulièrement Facebook, est revenue la peur que finalement, encore une fois, Big Brother était bel et bien là, tapis dans l’ombre, attendant patiemment que l’on s’abandonne à nouveau à sa sainte parole. Mark aurait créé l’ultime version du géant scrutateur. A en croire certains, Facebook nous espionnerait, vendrait nos données et notre e-vie au plus offrant… si on osait, nous dirait même comment penser et influerait sur nos différents choix.

Avec les tentatives de régulation de type Sopa, Hadopi et consorts, ce sentiment que Big Brother était au-dessus de nos épaules s’est accrue, les états et les gouvernements jouant le jeu du grand frère. Avec les Anonymous, la notion même de guerre numérique a pointé le bout de son nez. C’est que du coup on a eu l’impression de passer de conquérant et d’explorateur d’un espace encore vierge à résistant 2.0 défendant la dernière citadelle du monde 2.0 libre. Un sentiment étrange s’est donc emparé du petit village 2.0, l’un des remparts les plus fortifiés (Megaupload) de la « piraterie 2.0 » venant de tomber face à l’arrogance du détesté Big Brother. Comme sûr de sa puissance, il était en train de donner l’ultime assaut.

Des clivages manichéen se sont donc créés. Entre les apôtres du discours « pirater c’est tabou, on en viendra tous à bout » (un peu d’humour ça ne fait pas de mal) et ceux qui veulent vivre libres à n’importe quel prix, le débat s’est enflammé. Permettez-moi de ne pas m’y mêler car ce n’est pas le but de ma démonstration. Si vous voulez aller combattre sur ce champ de bataille vous trouverez sans difficulté de nombreux sites internets, groupes et autres qui feront votre bonheur.

Et pendant que notre petit monde 2.0 s’agitait au rythme des annonces des Anonymous et de leurs coups d’éclat, le web continue son chemin, comme s’il n’avait finalement cure de savoir qui tirait les ficelles, Big Brother ou le grand n’importe quoi. Chaque jour de nouvelles évolutions, des entrepreneurs espérant trouver un peu d’or, des grandes théories et des grands orateurs, des fails, des bad buzz et des réussites, des experts et des passionnés…

Et Big Brother inventa la géolocalisation.

A verser dans la parano, autant y aller franco, jusqu’à dire que pour mieux nous contrôler, Big Brother a inventé une arme magnifique qu’est la géolocalisation, ou la meilleure manière de savoir ce que vous faîtes et dans quel endroit. Sous couvert de gagner des badges ou des titres de mayor (pour ne citer que Foursquare), voilà que l’oeil qui voit tout voit pour le coup vraiment tout. Chaque nouvel outil, comme Path, chaque évolution en matière de géolocalisation, mais aussi en matière de web 2.0, semble conduire inexorablement vers cette drôle de sensation qu’au fur et à mesure que l’on avance, un sentiment « d’oppression » et de contrôle nous envahit, et comme une certaine publicité d’Apple, on se prend à rêver :

En fait, dès qu’une expérience communautaire voit le jour, géolocalisation, réseaux sociaux, etc…, une peur traverse un bon nombre de personnes qui craignent que l’on sacrifie l’individu à la communauté, que le moule gomme ce qui fait « nous ». Il y a peut être du vrai, car l’Homme essaiera toujours de dominer et contrôler son prochain (et oui l’être humain n’est pas un gentil bisounours), mais pour autant, devons-nous verser dans la paranoïa ?

Et si Big Brother était une illusion ?

Tous ces éléments me conduisent donc naturellement à me demander si ce Big Brother existe bel et bien. Si finalement, dans cette chimère nous n’y mettons pas tous nos peurs, nos espoirs, nos interrogations et nos projets ? Le grand frère serait-il un élément catalyseur symbolisant ces coulisses 2.0 quelque peu obscures ?

Pour citer à nouveau l’exemple de Facebook, il a certainement des allures de Big Brother, notamment par sa capacité à avoir agrégé l’ensemble de notre vie 2.0, nos goûts, nos passions, nos « amis » et tout ce que j’oublie. Et il l’est certainement par moment. Sa capacité a exaucer le vœux de tout responsable marketing et de toute marque, par exemple, à savoir qualifier de manière quasi empirique, au jour le jour, ses cibles, rend le réseau de Mark fort puissant. Le social graph est une magnifique invention pour aller dans ce sens. Un outil puissant, interactif et évolutif, s’adaptant constamment à notre profil.

Mais pour autant, faut-il en conclure que c’est un outil de contrôle subtil et intrusif ? Pour ma part clairement non, car toutes les infos que l’on « livre » à Facebook, tous nos statuts, tous nos coups de coeurs, nos amis, nos passions, …, nous sommes encore libres de choisir ou non de les divulguer. Nous avons le contrôle sur notre identité 2.0. Et même l’abandonner et la soumettre au système est un choix, une option que l’on est libre d’accepter ou pas. Alors certes vous me sortirez vos cours de socio ou de philo pour contrer un bon nombre de mes exemples, arguments qui seront tous aussi recevables les uns que les autres, mais pourtant, je crois que, sorti de toutes conjonctures « intellectualistes », comme le dit si bien Morpheus dans Matrix (fallait bien que je place une référence Geek) tout est question de choix. Et aussi dingue que cela puisse l’être vous avez encore ce choix, et vous l’aurez toujours, Hadopi, Sopa, Anonymous et consorts compris.

Plus qu’une révolte, construisons le web communautaire de demain.

Même en ces temps de campagne électorale, ne vous y trompez pas : ce titre est loin d’être un acte militant politique ou tout autre chose assimilée. Il est tout simplement pour moi l’explication au fait que le Big Brother 2.0 est plus une chimère qu’autre chose, car le web est un espace ou tout est encore possible. Et c’est bien parce que ce territoire est encore dans sa grande majorité vierge et que l’esprit d’aventure y subsiste qu’il est bien normal que chacun essaye d’y imposer ses règles, de délimiter ses possessions, et d’affirmer son « pouvoir » (comportement très humain au final). Et il n’est pas question de Big Brother, juste que chacun des acteurs du web 2.0 répond à cette aventure avec ses armes : les états et les gouvernements avec des lois pas toujours très logiques, souvent pour faire plaisir aux amis au nom de l’intérêt général, sous pression de certains lobbyistes, etc…. ; les chantres de l’esprit libertaire qui combattent toutes les formes d’oppression, parfois jusqu’au boutisme, contre souvent ce fameux contrat social, si cher à Rousseau, garant d’un minimum de stabilité d’une communauté ; et les autres au milieu qui essayent tant bien que mal de faire valoir leurs intérêts (commercial, humain, etc…), ou tout au mieux d’exister.

Finalement, la meilleure réponse que l’on pourrait donner à une quelconque arrivée du tant redouté Big Brother, ce n’est pas tant la résistance ou la lutte en mode 2.0 que le fait que l’on réfléchisse tous ensembles au web communautaire de demain. Et plus que tout, que l’on arrête trop facilement d’être passif au niveau individuel face au monde qui évolue jour après jour, et que l’on devienne acteur de notre vie 2.0, comme celle IRL. Au final, comme une certaine équipe de France de foot à une époque, la victoire est en nous. Il faut juste que l’on se prenne en main. Et c’est peut être ça finalement le plus compliqué.

Pour conclure, loin d’être exhaustif car il faudrait de nombreux articles pour cerner le problème, je voulais vous soumettre ces différents éléments de réflexion. A vous de les enrichir, de les contester, et de les discuter, d’échanger, en fait au final d’agir comme une communauté. D’ailleurs, je ne résiste pas à ressortir du placard une dernière vieille campagne de com d’Apple pour en terminer avec mon propos :

Qu’en pensez-vous ? Comment voyez le web de demain ?

A propos de l'auteur

Olivier Murat

Olivier Murat  (34 articles)

Consultant et professeur en communication 360, avec un goût prononcé pour le marketing social, l'influence des réseaux sociaux dans les stratégies de communication et la disruption, j'essaye de faire partager ma passion auprès de mes élèves, mais aussi auprès de mes clients. Curieux, ouvert, dynamique, et réactif autant de valeurs qui composent ma personnalité, et que je mets au service de mes rencontres personnelles et professionnelles. J'espère vous faire partager mes centres d'intérêt et débattre avec vous.

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