J’ai testé un réseau social anonyme : Whisper

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Entre le personnal branding et le brand content, les réseaux sociaux nous ont appris un mode de partage axé sur le narcissisme et le storytelling de nos vies. Tout cela a engendré une course effrénée aux likes, aux followers et autres KPI’s. Sur nos profils personnels, cette quête de la performance nous entraîne vers des contenus où nous cherchons toujours l’assentiment de nos amis. “Il est beau, mon burger à 19€. #foodporn”.

Et si nous étions fatigués de nous mettre la pression en postant des contenus #noFilter ? En me posant cette question, je me suis penchée sur les réseaux sociaux anonymes et j’ai découvert Whisper. Voilà ce que j’ai appris après trois mois d’utilisation quasi quotidienne.

Whisper, c’est quoi ?

Tout a commencé avec l’application mobile Secret, lancée par deux anciens de Google qui permettait de partager ses pensées les plus secrètes anonymement. Fermée après seize mois car selon ses créateurs, l’appli ne correspondait plus à ce à quoi ils aspiraient. Les utilisateurs se sont donc naturellement tournés vers Whisper, murmure en anglais, une autre app mobile qui fonctionne sur le même principe du partage anonyme.

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Comment est-ce possible de partager ses secrets sans se faire repérer à l’ère de l’hyper communication ? Pas besoin de connecteur, ni de login, on peut éventuellement se draper d’un pseudonyme pour utiliser Whisper. A la rigueur, on peut activer la géolocalisation pour lire des whispers postés par des users dans votre région. Lorsque l’on propose son secret, une image est générée automatiquement pour l’illustrer, si elle ne convient pas, on peut en télécharger ou en chercher une autre parmi celles proposées.

Les autres whisperers ont la possibilité de hearter, équivalent du like, et de répondre publiquement ou en privé à l’auteur du murmure. Encore une fois, on ne sait pas qui se cache derrière les messages privés. En utilisant cette appli, j’ai découvert que les haters étaient moins nombreux : en bonne social media worker, j’ai effectué quelques tests. J’ai publié différentes confessions, vraies et fausses, j’ai souvent reçu des messages de soutien, des encouragements, beaucoup de demande de photos de nu (nous sommes sur internet, tout de même…) et très peu d’insultes/troll/haters.

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Discussion sans filtre

Une fois l’appli installée, Whisper est utilisable : on peut lire ce que les autres ont publié et surtout, on peut poster tout ce qui nous passe par la tête : confession honteuse, secret d’alcôve, déclaration d’amour, appel à l’aide, bon jeu de mot, tranche de vie, anecdote croustillante…Le choix des thématiques est large. On ne sait rien de la personne qui a posté : pas de nom, de genre ou de localisation précise.

L’appli étant internationalement utilisée, l’anglais reste omniprésent, plus pratique. Cela donne des situations assez cocasses : discuter en anglais avec une personne jusqu’à ce que l’on se rende compte que notre interlocuteur est aussi français.

Le plus intéressant est que j’ai surtout été contactée en privé, comme si les utilisateurs se sentaient concernés par ce que j’avais partagé. On m’a prodigué conseils, encouragements, adoubements, confirmation… 99% de ces conversations privées ne duraient que le temps d’une soirée mais elles étaient souvent bienveillantes, à l’image d’un groupe de parole.

Cependant, de nombreux utilisateurs demandent rapidement mon nom, mon genre et ma ville : asl (age, sex, localisation) apparait vite au fil de la conversation, ça m’a rappelé feu Caramail et ses chatrooms.

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A l’instar de 9Gag, Whisper présente ses publications sous cette forme :  celles qui ont réuni le plus de hearts et de commentaires, puis les populaires qui commencent à rassembler un nombre important d’interactions, ensuite les posts à proximité (entre 2 et 80 km autour de vous) et enfin les plus récentes à travers le monde.

Il y a un moteur de recherche pour retrouver les murmures selon leur géolocalisation. Et il existe différentes thématiques : confession, armée, LGBTQ, religion, question/réponse et No Safe For Work. Très américain. La catégorie militaire permet à des soldats de sortir de leur réserve quand le silence est une règle d’or dans ce corps de métier.

Les conséquences de l’anonymat

Contrairement aux réseaux sociaux classiques, pas de pornfood, de statistiques sportives, de diaporamas de vacances, seulement des morceaux de vie sont partagés. Certains publient des selfies, souvent pour demander du soutien dans des situations assez dures  : “C’est ma première chimio, souhaitez-moi bonne chance !”. Ceux qui ne supportent plus les selfies, les burgers stylisés et les photos de boissons Starbucks qui pullulent dans leur timeline, vous allez aimer Whisper !

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Après trois mois d’utilisation presque quotidienne, j’ai souvent ri car les users trouvent la bonne formule pour partager leur secret. L’avantage de l’anonymat : il n’y a plus cette pression du like comme un assentiment de votre entourage pour votre contenu. Whisper va plus loin que Snapchat qui propose des contenus éphémères. Le contenu reste et si les utilisateurs n’interagissent pas dessus, no big deal. Vous pouvez reprendre le cours de votre vie sans vous demander pourquoi vos amis n’ont pas réagi.

Après plusieurs tests, en utilisant plusieurs thématiques, différentes formes de publications, j’ai toujours reçu des messages privés. TOUJOURS. Je n’ai pas souvent répondu mais il est intéressant de noter que les secrets ne restent pas lettre morte.

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Cet été, Buzzfeed a publié cet article sur les couples qui se sont rencontrés sur Whisper. Je ne suis pas étonnée, les users sont dans un environnement où ils se sentent plus libres, les échanges deviennent plus décontractés et authentiques. Les chances de tomber sur une personne avec des points communs plus intimes sont plus grandes. Et après tout, cette personne en sait certainement plus sur vous que votre entourage proche.

L’appli est présentée comme “the safest place on Internet”. Sauf pour les employés de la Maison Blanche, d’après The Guardian qui accuse l’appli de tracker les personnes travaillant dans des zones sensibles.

Comment les marques s’essaient à Whisper

Les CM que vous êtes se demandent certainement comment les marques peuvent y faire leur entrée. En utilisant les visuels comme contenu brandé, Coca Cola a lancé une opération intéressante contre le harcèlement scolaire. Aucune statistique n’est disponible cependant, le choix de ce réseau reste pertinent car de nombreuses victimes de cyberbullying viennent se confier sur l’application.

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Autre piste intéressante pour les marques, le native advertissment. Pour promouvoir la nouvelle saison de The Americans, le network Fox a utilisé Whisper de manière inspirée : des photos de scènes avec des questions autour du secret, le show mettant en scène un faux couple d’espions Russes avec de vrais enfants, vivant comme citoyens Américains. L’idée fonctionne car  non intrusive : la grammaire sociale de Whisper est conjuguée à l’univers de The Americans.

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Ce que j’en ai retenu

Après trois mois sur Whisper, j’ai délaissé mes réseaux sociaux personnels : Facebook, Twitter et Instagram. Snapchat a trouvé grâce à mes yeux  mais rien ne battra Whisper, pour l’instant. Désolée les amis, je n’en pouvais plus de votre pornfood et de vos stats sportives. Lire les confessions d’autres anonymes est plus intéressant que de voir la vie de son entourage défiler dans le feed d’actu. Si je ne travaillais pas dans le social media, je quitterais  Facebook et Instagram, je n’abandonnerais pas pour autant Twitter : le meilleur outil de veille où tu peux voir des célébrités se clasher : j’adore le pop corn time !

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Pour en revenir à Whisper, les posts évoluent : les users s’approprient l’outil pour briller avec les mots : de la confession au bon jeu de mot, au message d’espoir avec des images d’illustrations amusantes. Un mix de 9gag, Tumblr et Twitter, sans pression. Et vous, seriez-vous prêts à tester l’anonymat sur les réseaux sociaux?

A propos de l'auteur

Samya Ihammouine

Samya Ihammouine  (13 articles)

Issue de la génération X, je me suis adaptée rapidement aux us et coutumes de la génération Y. Social Content Manager chez Webedia, je m'intéresse aussi bien aux objets connectés qu'aux réseaux sociaux et aux applis mobiles

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