Google Plus : Echec et Mat

Après « Quel futur pour Google + » et « les 10 raisons de l’échec de Google + » je reviens aujourd’hui sur My Community Manager pour vous évoquer 10 autres raisons susceptibles de mener Google plus vers un (nouvel) échec sur les réseaux sociaux. Cette analyse n’engage que moi et je serai ravi d’en débattre avec vous dans les commentaires de l’article.

Au préalable, deux constats :

  • …mais également avec « l’inactivité » d’une très grande majorité de ses membres : 83% (soit plus de 16 millions de membres inactifs !).

Quelles sont les raisons explicatives de cet abandon progressif du réseau social ? Google plus court-il à la catastrophe ? Tentative d’analyse…

Rien ne sert de courir, il faut partir à point…

Il y a quelques temps une information à fait le tour de la toile ventant la croissance (exponentielle) du nombre de membres de Google +. Selon cet article il a fallu 16 jours au réseau social de Google pour atteindre les 10 millions d’utilisateurs alors qu’il en a fallu 780 à Twitter et 852 à Facebook. On a ainsi pu lire à droite à gauche des choses comme « Google prouve une fois de plus son potentiel » « Google plus pulvérise tous les scores de progression en terme de nombre d’utilisateurs » « le service Google que tout le monde attendait » « un concurrent sérieux pour Facebook » « Facebook a du souci à se faire »…

Mais quels sont les facteurs à l’origine d’une telle expansion ? J’en vois au moins trois : Myspace, Twitter et Facebook. Myspace ? Il est fou lui ? Non. Je m’explique. Malgré son déclin Myspace a jeté les bases d’un véritable réseau social mondial. Il a été le premier à jouir d’une grande notoriété auprès du public « lambda » et a rendu possible la démocratisation des interactions sociales sur internet. Facebook est ensuite apparu permettant (sans rentrer dans l’historique) de retrouver et d’interagir en quelques clics avec ses amis d’enfance, ses camarades de classes, ses collègues et les membres de sa famille. Est ensuite arrivé Twitter qui propose un service de microblogging (essentiellement tourné vers de la diffusion/lecture d’information). La « frise chronologique » ci-dessous dresse un état des lieux de l’historique des réseaux sociaux :

Tout ça pour dire que ces trois réseaux (Myspace, Twitter et Facebook) mais également des sites comme Caramail et autres MSN ont à eux seuls permis de faire naître et prospérer le « marché » du web social et des réseaux sociaux. Cette maturité du marché est donc, dans le même temps, explicatif de l’engouement pour Google plus mais également de son déclin proportionnel. Google Plus est arrivé trop tard.

Un cruel manque d’originalité dans les publications…

Principal défaut à mon sens sur Google plus. En effet la plupart des personnes que je suis se servent de Google + uniquement comme un canal supplémentaire de diffusion d’information. Pas de distinction avec ce qui est publié sur Facebook ou Twitter. Pour l’instant Google plus ne m’a rien apporté de plus (oh oh) dans ma veille quotidienne.

Ce point est également l’occasion pour moi de vous proposer un petit moment de naïveté en revenant sur deux choses que j’ai pu lire à la sortie de Google + et qui faisaient l’éloge de son fonctionnement : « Google plus est un mix amélioré entre Twitter et Facebook » « Google plus permet la publication de messages courts ». Euh, mais qu’est-ce qui m’empêche de publier un statut Facebook de 140 caractères ? Il suffit de ne pas trop écrire non ? Une phrase certes volontairement simplette mais qui témoigne d’un phénomène qu’on entend de plus en plus : Google plus n’apporte rien de nouveau.

L’effet de mode est passé… et l’effet de curiosité s’estompe

Chaque geek, bloggeur, consultant social media, community manager… n’ayant pas reçu d’invitation lors de la sortie de G + a fait des pieds et des mains pour pouvoir rejoindre le réseau social. Il est vrai que c’est toujours bien de se dire « early adopter ». Cela permet de tester le service avant tout le monde, de faire des retours par des articles sur les blogs, de nourrir Google d’une expérience utilisateur et puis tout simplement, parce que c’est la classe.

Mais très franchement, à part « nous » qui nous intéressons aux réseaux sociaux, à leur fonctionnement et à la meilleure manière d’en tirer parti et de l’intégrer dans une stratégie d’entreprise ; qui s’est intéressé à G + ? Pensez-vous réellement que le public soit intéressé par ce réseau ?

Prenons un exemple simple : autour de moi mon grand frère s’est inscrit par curiosité, mon petit frère se fiche complètement de ce nouveau réseau et ma mère n’en a pas entendu parler. Je ne vais pas vous parler plus de ma famille mais cela témoigne d’une chose : le degré d’appétence que les personnes ont pour le web et les réseaux sociaux conditionne leur présence sur le réseau de Google plus.

En fait c’est simple, Google + me rappel la tecktonik : tout le monde en parle, c’est considéré comme le nouveau phénomène, tout le monde s’y met (ou va s’y mettre) et 3 mois après on n’en entend plus parler sauf auprès d’irréductibles car après tout, tous les goûts sont dans la nature.

Quant à l’activité sur celui-ci, c’est autre chose. C’est encore une « perversité » de la multiplication des plateformes sociales (la principale étant, à mon sens, les lourdeurs induites par la synchronisation des différents comptes sociaux ; il m’arrive ainsi, sur beaucoup de mes contacts, de voir 2 ou 3 publications similaires venant de Facebook, du compte Twitter synchronisé et d’un quelconque Tumblr). Etant donné que beaucoup de nos followers ou « amis » ou autres contacts ne sont pas sur ce réseau nous doublons (voir triplons) les publications sur G +, Facebook et Twitter pour n’oublier personne. Mais si je vois la publication sur Facebook quel intérêt ai-je d’aller sur G + ?… En réalité si vous souhaitiez vraiment « transférer votre communauté » ou du moins tenter de les convertir/intéresser à Google + il vous faudrait abandonner complètement Facebook (au risque de « perdre » une grande partie de vos contacts en chemin).

Un réseau qui ne trouve pas sa cible

A la différence de Facebook où la très grande majorité du temps les premiers contacts sont les amis, familles ou des personnes côtoyées IRL (*In Real Life), sur Google plus mes contacts sont très majoritairement des « professionnels » du web (bloggeurs, consultants social média…). Même si le système de cercle proposé par Google se veut innovant et facilite énormément la gestion des contacts (segmentation en fonction de critères propres à chacun) ; j’imagine que les trois cercles qu’on retrouve le plus souvent sont « les amis », « la famille » (ca va imotep) et « les relations pro ». Mais pour l’instant, des amis et de la famille je n’en ai pas beaucoup… Suis-je le seul ?

Et je le dis haut et fort, je ne suis pas d’accord quand j’entends que Google + n’a pas la même cible que Facebook. Le but de Google est bien de faire un réseau social « grand public ». Alors oui je sais, vous me direz qu’ils n’ont pas encore réellement communiqué dessus et qu’ils disposent d’un potentiel (de membres) gigantesque (tous les « gmaileurs », « youtubeurs », « picasaseurs »…) mais ça ne fait pas tout. Encore faut-il leur proposer une offre originale et inédite qui se démarque de la concurrence ce qui n’est, à mon sens, pas encore le cas (ne serait-ce qu’au niveau de l’interface qui ressemble à s’y méprendre à Facebook).

Une trop grande centralisation

C’est un des éléments les plus paradoxaux. Une des principales forces de Google + réside dans la diversité des services proposés. Google propose ainsi une plateforme unique permettant de regarder les vidéos, de publier des photos, d’en informer ses amis… Mais cette centralisation est préjudiciable et sera même, à mon avis, la principale raison de l’échec de Google plus. En effet avec cette centralisation extrême le web se transforme pour de nombreuses personnes et sera bientôt « égal » à Google. Dans l’esprit des internautes je suis convaincu que cette super-présence est un frein considérable, donne l’illusion de restreindre la liberté de choix et renforce la crainte d’un big brother en ligne.

En extrapolant (mais finalement pas tant que ça) Google sait les vidéos que vous regardez, les recherches que vous effectuez, les mails que vous échangez, les photos que vous partagez, les contacts que vous ajoutez (famille, amis, collègues, en fonction de vos cercles…) et peut donc centraliser votre activité sur le web. Quand on connaît les craintes récurrentes exprimées par le grand public sur les problèmes de respect de la vie privée sur internet et sur le droit à l’oubli on peut en conclure que cette stratégie de Google risque de lui être fortement dommageable.

La gestion des contacts

Autre élément préjudiciable à Google plus : la possibilité d’être ajouté à un cercle sans « donner son accord » (et c’est là un des points communs entre Twitter et Google +). Pour un réseau qui mise beaucoup sur la confidentialité et la compartimentation des contacts cet élément se veut un peu contradictoire et risque d’en « effrayer » plus d’un…

 « L’obligation » de donner un vrai nom

Google plus insiste sur la nécessité (et l’obligation) pour ses membres de communiquer un vrai nom. L’ambition affichée de G+ est de proposer (au-delà du réseau social lui-même), un service d’identité numérique (et de e-réputation). Eric Schmidt (PDG de Google) a ainsi déclaré très récemment « Google+ est en premier lieu un service d’identité en ligne, et que de connaître le nom des utilisateurs est indispensable pour de futurs services de Google » (je vous laisse imaginer lesquels). Quand on sait que les recruteurs ont de plus en plus tendance à Googliser le nom des candidats, l’idée de proposer une vitrine Google avec une véritable identité numérique fidèle à la réalité (induisant donc une certaine maîtrise du contenu publié) peut donc paraître être une bonne idée à première vue. A première vue uniquement car il me semble que d’imposer une telle chose à un public craintif (respect de la vie privée, réglages des paramètres de confidentialité, utilisation des données à des fins commerciales…) est très risqué.

Pendant ce temps là Facebook avance et développe également de nouveaux services, certes moins « impressionnants » mais qui complètent toujours plus le réseau social et lui permettent de rester leader incontestable du marché des réseaux sociaux grand public : simplification des paramètres de confidentialité, possibilité de choisir un nom d’utilisateur différent de son vrai nom

 

L’avenir de Google + est donc très incertain et couvert de zones d’ombres. Etant donné la jeunesse du réseau social je pense qu’il est tout de même trop tôt pour se prononcer sur son avenir. Une affaire à suivre… Je tiens à repréciser que les arguments présentés ci-dessus sont uniquement le fruit de mon analyse et peuvent admettre des contres arguments. A vous de nous les présenter dans les commentaires !

Sources et autres articles sur le sujet :
http://www.20minutes.fr/article/777358/google-veut-exploiter-identite-numerique
http://www.mediassociaux.fr/2011/07/25/lavenir-de-google-se-devoile/
http://www.minutebuzz.com/2011/01/25/infographie-lhistoire-des-medias-sociaux/
http://www.20minutes.fr/article/764990/google-tueur-facebook-deja-plomb-aile
http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRPAE75R0ZH20110628?pageNumber=3&virtualBrandChannel=0

A propos de l'auteur

Francois Combes

François Combes  (28 articles)

Je n'aime pas me décrire car je pense que toutes les personnes me voient d'une manière qui leur est propre. Etant obligé je vais tout de même vous dire quelques mots : je suis diplômé d'une école de commerce de Toulouse. J'ai travaillé 24 mois dans la communication et je suis passionné par tout ce qui touche de près ou de loin au web 2.0 (techniques, outils, stratégies...). N'hésitez pas à me contacter pour en savoir plus sur moi.

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