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19 juin 2012

Cours de sémantique et d’étymologie : la communauté

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Dans le web et notamment en référencement naturel, la sémantique a toute son importance, elle est même primordiale. Dans la mesure où il s’agit d’étudier les tendances de recherches des internautes, on s’emploiera dans une démarche d’adéquation du contenu (sujet cher à tous les consultants SEO), à usiter les mots clé les plus employés afin de rendre notre texte accessible et donc trouvable par les internautes. Les mots clé les plus employés par les internautes sont généralement plus vagues dans leurs acceptions que le jargon des professionnels. Une étude sémantique et donc un audit lexical ont donc souvent pour objet de galvauder les acceptions précises des professionnels afin de s’adapter à la demande en ligne.

Social Media Marketing and Communuity managementDans notre jargon propre, en matière de social media, on parle de community management ou de gestionnaire de communautés. Dès lors, posons nous la question fort judicieuse de savoir, outre l’acception marketing du terme, ce qui se cache concrètement derrière le terme de communauté, car on a toujours trop tendance à réfléchir à court terme et non à long terme : notion moderne versus version ancienne et acceptée du terme de communauté. L’objet de cet article est donc de donner tout son sens à la communauté et donc de le rendre accessible au plus grand nombre dans son acception large et non sectorielle (social media).

 

 

Communauté : définition

Définition de la communauté

Dans notre acceptation du terme, nous définissions la communauté dans le sens où celle-ci se rapporte à tout ce qu’un groupe de personnes a en commun. Ici nous sommes proches du concept que nous connaissons. 

Ici on peut s’appuyer sur le caractère matériel ou physique tel que la communauté de biens. Le Code Civil nous en donne la juste mesure en encadrant le mariage sous la communauté universelle où les biens des époux une fois mariés deviennent la propriété des deux. Leur communauté est formée par les biens matériels qu’ils partagent sans réserve l’un avec l’autre.

Dans son acception cognitive et spirituelle, une communauté peut se former sur les identités de vues. Il s’agira ici de comprendre la communauté dans sa dimension également politique et morale. On parlera ici de partis politiques, de communautés religieuses, d’associations.

La communauté peut également se concevoir sous son acception ethnique où les personnes sont unies par leurs habitudes communes et leurs caractères communs. En France, la Constitution fait une abstraction totale de ce concept en partant du postulat que tout Français est citoyen quelle que soit son origine : il s’agit du principe d’égalité. Il est fort malaisé de concevoir une communauté ethnique dans la mesure où l’on ne fait plus de distinction entre les origines ethniques des membres composant les Citoyens français. A la différence des Etats-Unis, la France ne peut constitutionnellement pas émettre de statistiques ethniques concernant ses citoyens. L’ethnologie cependant n’oblitère pas ce concept.

Enfin, la communauté regroupe les personnes d’un Etat, d’une région, d’une ville (commune) où les personnes ont en commun leur appartenance à un même lieu géographique. Cette acception est clairement française par le jus solis (versus jus sanguinis : droit du sang) qui pose le principe que toute personne née sur le territoire français est française. La naissance n’est pas le seul critère du jus solis, le fait d’habiter sur le territoire depuis un certain temps et d’y travailler permet l’accession à la citoyenneté.

En dressant cette définition de la communauté, il est clairement évident que nos métiers autour du Social Media n’en touchent que des fragments (marketing) et que le concept est beaucoup plus profond que ce que l’on a tendance à imaginer. C’est également ce qui m’a poussé il y a plus d’un an en dressant le portrait de communautés aux Etats-Unis et en Pologne.

Afin d’être plus précis dans la définition de la communauté, penchons-nous sur son étymologie qui nous en dira d’avantage sur ses significations intrinsèques.

 

Hypothèse sur l’étymologie du mot communauté

Etymologie communauté

Sur Wikipedia, la communauté est décrite dans son sens étymologique comme suit : cum munus, soit « un groupe de personnes (cum) qui partagent quelque chose (munus) — un bien, une ressource, ou bien au contraire une obligation, une dette. »

[Apparté : on] Latiniste pendant six ans j’ai conservé certains réflexes (oui oui!!). Je suis allée sur le Gaffiot dont j’ai trouvé une édition en ligne fort intéressante, car pour tout latiniste qui se respecte, il faut toujours avoir un Gaffiot sous la main, pour traduire tous les mots latins en français. Donc si vous êtes comme moi et que vous adorez aussi l’architecture épiscopale, vous saurez faire us de cette mine d’or afin de savoir ce qui est écrit sur les gisants et autres inscriptions latines. [Apparté : off]

J’ai donc été vérifier ce terme munus sur l’édition en ligne du Gaffiot à la page 1003. Il n’est en rien question de bien, de ressource, d’obligation ni de dette. Munus est soit un office, une fonction, soit une obligation, une charge, soit une tâche accomplie, un produit, une œuvre, soit un service rendu, soit un don, un présent ou une faveur, soit enfin un spectacle public ou un combat de gladiateurs !

Il n’y a rien dans ce terme qui ait rapport avec la communauté ! C’est la raison pour laquelle je suis allée faire mes recherches et je me suis rappelée de mes cours de latin (une fois de plus) où l’on m’a parlé de la règle de dédoublement des consonnes. En effet l’évolution de la langue du latin au français a amené deux mots d’origine latine à n’en former plus qu’un tel que l’on peut le voir dans le mot agglutiner (ad + glutinareglutinare = coller et ad = ensemble) qui est devenu adglutinare = coller ensemble et puis en français adglutinare est devenu agglutiner.

Pour le terme communauté, il faut rechercher le dédoublement des consonnes dans la répétition du [u] dans cum et unus dont la prononciation est quelque peu maladroite. Et comme le français déteste la répétition et les maladresses dans la musicalité de la langue, il est apparu clair que le doublement de la voyelle dans l’unification des deux termes a été naturelle.

On est donc passé de cum + unus à com unus puis communus puis commun dont la dérivée naturelle est cum + unitas puis com unitas puis à communitas qui est devenu communauté.

D’après mon Gaffiot aux pages 1628 et suivantes unus signifie un et unitas vient de unio qui signifie unir mais également le nombre de l’unité.

Cum quant à lui fait l’objet d’un grand paragraphe qui explique toutes ses acceptions et signifie : avec. On peut donc l’entendre avec dans une idée d’accompagnement, de société qui est son sens premier et qui est celui que l’on retiendra car il implique l’aspect communautaire de avec.

C’est ainsi qu’une communauté sont des personnes qui s’unissent dans un but, dans un objectif communs. Il s’agit de concepts qui les rassemblent qu’ils soient tangibles ou théoriques, moraux ou sociétaux.  

Ainsi il convient d’appréhender le concept de communauté de manière plus large que ce que l’on a pour habitude de penser. Car un terme ou une expression a pour habitude d’évoluer, de changer au cours du temps et des usages si bien que l’on peut « en perdre notre latin » et il convient de toujours savoir de quoi on parle et de garder l’esprit ouvert.

[Edit du 22 Juin 2012] Et comme la communauté est bien faite (et je l’en remercie) le terme munus est bien le terme qui fait racine avec cum pour le mot communauté (voir commentaire ci-dessous). 

Ceci pose tout de même la question de l’accès aux ouvrages dits de référence autour de l’étymologie et de l’histoire des mots dont l’accès en ligne n’est pas garanti (Internet est toujours censé rendre l’information accessible à tous dans une valeur d’universalité?). Il n’en est pas moins que l’intention d’explication et de vulgarisation (vulgus : les gens, rendre accessible à la majorité) des mots dits simples et entendus est toujours à faire et à refaire afin de porter à l’attention certaines valeurs liées à la racine des mots. 

 Et vous, savez-vous de quoi vous parlez ? 

Crédit images : 
http://www.profilestyling.com/pics/flower072.jpg
http://www.mayd-net.com/wp-content/uploads/2011/09/community-management-284×300.jpg
http://onlinemedicinetips.com/images/What-Is-The-Difference-Between-Heartburn-And-Angina.jpg
http://www.licence-referencement.fr/wp-content/uploads/2012/03/semantique.jpg


A propos de l'auteur

Anne Delauney-Ladevèze
Anne Delauney-Ladevèze
Consultante en stratégies social média chez Brainsonic, je suis en charge de réaliser pour mes clients la stratégie en termes de référencement naturel, de liens sponsorisés et de référencement social. Anciennement Community Manager à l'International pour un cabinet d'études de marchés et Responsable Marketing, Communication et Webmaster pour un éditeur d'ERP en Allemagne, je suis trilingue (français, anglais, allemand) et je me remets tant bien que mal à l'Italien. Mes passions dans la vie ? Les voyages de longue durée dans les Pays de l'Est et Scandinaves, la photographie, l'art sous toutes ses formes, les amis, la famille ! Point caractéristique ?! Curiosité et soif de savoir, surtout de partager !








 
 

 
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8 commentaires


  1. Kevin

    Super article, très instructif :) Merci d’avoir décomposé ce terme qui nous est cher de manière claire et concise.


  2. Bonjour, article très intéressant, je m’étais moi même penché sur la notion de communauté dans mon mémoire académique sur l’amélioration de l’image de marque des entreprises sur les médias sociaux auprès des consommateurs, mais de manière moins approfondie j’en conviens. Mémoire disponible ici pour les plus curieux : http://slidesha.re/KRWCAT


  3. Communiquer c’est, chez César comme chez Cicéron, mettre ou avoir en commun (communicare, avec deux m déjà). Ainsi, ce que vous et moi avons au moins en commun, c’est le métier – la communication – et ce bon vieux dictionnaire Gaffiot (1936, rééd.1959), auquel le gréco-latiniste que je suis aussi a régulièrement et professionnellement recours. Par exemple pour éprouver sémantiquement des concepts ou leur forger des appellations étymologiquement fondées.
    Mes félicitations, donc, pour avoir eu, en consultant Félix Gaffiot, cet excellent réflexe du retour aux sources (“reditus ad fontes”, vous vous souvenez?).
    Cependant, il me faut mettre un bémol à l’explication qui en résulte. Quand, peu satisfaite du “cum munus” initial de Wikipedia, vous lui préférez un “cum unus” devenu “com unus” puis “communus” par la grâce du dédoublement des consonnes. Phénomène phonétique et lexical que vous semblez un peu confusément attribuer au passage du latin au français, comme dans le cas cité du verbe “agglutiner” (de ad/glutinare, effectivement, mais que le latin de Plaute et Cicéron écrivait déjà couramment “agglutinare”).
    Le dédoublement des consonnes est un trait de la langue latine, certes.
    Mais en l’occurrence (bon exemple de dédoublement du ob/c- en occ-), il est étranger au processus qui a forgé la “communitas” romaine. Qui n’est donc pas, j’en suis désolé pour votre bel espoir, “cum unitas” (une ‘unité avec’ sémantiquement redondante et illogique).
    Ayant sur vous l’avantage de posséder aussi le Quicherat, Daveluy & Châtelain (circa 1886), dictionnaire savant dont s’est lui-même inspiré l’abrégé de Gaffiot, je vous confirme que “communis”, commun, qui appartient à plusieurs, s’y décompose bien en “cum, munus”.
    De munus, muneris (génitif), dont vous avez vous-même donné divers sens, cités par QD&C: 1° charge, office, fonction, service public, devoir, soin, occupation, ouvrage, travail; 2° grâce, faveur, service, bienfait; 3° derniers devoirs; 4° don, présent; 5°spectacles (surtout de gladiateurs) donnés au peuple par un magistrat; 6° au pl. édifices publics construits par un particulier. (N.B. “Munire”, d’où dérive aussi “munitio”, c’est “fortifier un lieu”, comme la cité, abriter, protéger, et finalement se munir).

    “Il n’y a rien dans ce terme qui ait rapport avec la communauté !”, dites-vous de “munus”. Et pour cause, c’est comme toujours en latin le “cum” englobant qui fait de toutes ces acceptions dont est muni ce mot des valeurs partagées par la communauté, une charge commune. Comme l’est le “commune”, substantif neutre pour dire “ce qui est en commun, le bien commun” (Gaffiot), ou même, territorialement, les “communia, pâturages communs” (Julius Frontinus, cité par QD&C).
    Pour vous rejoindre dans l’intention supposée du mot, je dirais donc que la “communauté” est un rassemblement de personnes, physiques ou morales du reste, autour d’un bien commun, DU bien commun, fût-il moral ou matériel, spirituel ou séculier.
    Et pour compléter le tableau à partir de ces ressources lexicalement plus complètes que sont les pages de QD&C, j’ajoute qu’un “communiceps” est chez Auguste un “citoyen du même municipe” (on voit bien ici le parallèle entre la commune et la ‘muni’cipalité).
    Qu’un “communicator” est déjà pour Arnobius l’Africain “celui qui fait part”, ou “celui qui A part à”.
    Qu’est “communicatorius” ce “qui se communique”(nous pourrions donc parler d’un rire ‘communicatoire’). Et en bas latin “communicativus”, ce qui est “propre à communiquer”. Tel le rire que nous pouvons partager en disant que si, tout cela, ce n’est pas bel et bien “communicare”, mettre en commun, alors il y a de quoi y perdre son latin !



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